L’histoire contemporaine du noeud papillon

La scission

A partir du moment où cravate et nœud papillon ont chacun pris une forme matérielle distincte – selon toute vraisemblance au début du XXème siècle (voir histoire) – une différenciation insidieuse s’est opérée en termes d’usage.

Malgré un certain nombre d’ambassadeurs aussi influents que Franklin D. Roosevelt et surtout Winston Churchill – dont le nœud papillon fétiche marine à pois blancs de chez Turbull & Asser est devenu emblématique – le nœud papillon est largement distancé par la cravate comme l’accessoire vestimentaire formel universel du cadre en entreprise.

Dans le monde du travail, il demeure un peu plus représenté au sein des professions libérales ou dans la restauration, peut-être pour se démarquer des salariés évoqués ci-dessus. C’est en particulier le cas des médecins, dont il se dit qu’ils apprécient son caractère plus hygiénique puisqu’il ne traine pas comme une cravate.

Le nœud papillon conserve cependant sa suprématie sur la cravate dans les grandes occasions, souvent liées au monde du spectacle, en sa qualité d’indissociable partenaire du smoking (voir la rubrique Styles pour quelques précisions sur les codes vestimentaires élémentaires à respecter).

C’est aussi, comme vous l’aurez remarqué, la tenue de prédilection de James Bond.

La lente déchéance

Le nœud papillon, porté en dehors du smoking, devient peu à peu synonyme dans l’opinion publique d’une marque d’excentricité, puisque beaucoup moins conventionnel qu’une cravate. Ce sentiment se renforce dès le milieu du XXème siècle avec l’appropriation plus régulière du nœud papillon par des individus à caractère comique. D’abord Laurel & Hardy (seul Hardy porte un nœud papillon), puis Groucho Marx, Jerry Lewis ou encore Pee Wee.

Plus récemment des personnages de série télé comme Steve Urkel contribuent dans les séries des années 80-90 à associer le nœud papillon aux « geeks » , les losers intellos. Le nœud papillon touche alors le fond.

Le retour en grâce

C’est bien connu, la mode est un éternel recommencement. Tôt ou tard, un élément oublié revient dans nos placards de manière plus ou moins pérenne.

Dès le milieu des années 2000, un jeune créateur passé par d’illustres maisons se lance dans la réhabilitation de cet accessoire si controversé : le français Alexis Mabille.

Le noeud papillon réapparaît progressivement dans les collections, chez Dolce & Gabbana, Sonia Rykiel et surtout Lanvin, dont le directeur artistique Alber Elbaz en a fait son signe distinctif.

Il entre même dans les dressings féminins…Dès fin 2008, l’actrice Diane Kruger apparaît régulièrement avec un noeud papillon autour du cou, généralement de chez Chanel.

Puis il est vite rattrapé par la mode du style « preppy » – vous savez, ce look très coloré style université américaine, et revient en force dans l’offre des grandes marques de prêt à porter telles Ralph Lauren ou Hackett.

Le noeud papillon tient la une véritable revanche. Car même si son audience est encore relativement réduite, il est l’apanage des néo dandies qui assument et revendiquent sa touche chic et irrévérencieuse; assez petit, il permet d’exprimer d’avantage d’excentricité qu’une cravate, avec parcimonie.

Dans le même temps, l’image de la cravate tend à se ternir sous la double influence de la culture américaine (et de la mode du « Friday wear« , jour où l’on ne porte pas de cravate dans les entreprises) et de l’avènement de l’économie numérique, dans laquelle les chefs d’entreprises influents évoluent plutôt en jeans-baskets qu’en costume 3 pièces.

La cravate est jugée trop classique; mais ses versions « slim » et surtout « tricotée » (« knitted tie ») ravivent doucement l’intérêt pour cet accessoire.

Pour en savoir plus :

  • L’article (en anglais) Wikihow pour adopter le style preppy en 15 points
  • Toujours sur le style preppy, l’article de GQ en 10 leçons cette fois
  • Concernant le « Friday wear », l’article du Figaro sur le style au bureau

  • Facebook Plusone Pinterest Twitter Email