La genèse du noeud papillon

Des origines lointaines

De tout temps, les hommes ont porté des pièces de tissus autour du cou, généralement dans le but de se protéger du froid ou des frottements de l’armure. Ainsi, des foulards sont représentés au cou des milliers de soldats de terre cuite retrouvés dans le mausolée de l’empereur de Chine Qin Shi Huangdi (IIIème siècle av.J-C); et de fines bandes de tissu, appelées focalium, protégeaient dans l’Antiquité le cou des légionnaires romains, comme en témoignent les représentations de la colonne Trajane à Rome (début du IIème siècle apr. J-C).

Cependant, c’est vers le milieu du XVIIème siècle que la plupart des théories placent la véritable genèse de la cravate. Durant la Guerre de 30 ans (1618-1648), les cavaliers Croates portent, en fonction de leur grade, des foulards de couleurs différentes. Sensibles à cette touche d’élégance, les notables français adoptent à leur tour des foulards colorés, que l’on appelle alors cravate, par déformation du nom croate de ces cavaliers (« Hvats » en croate).

Tandis que la fraise commence à tomber en désuétude, le noeud de cravate s’orne de rubans multicolores sous Louis XIV, et la cravate devient un accessoire de mode.

Il faut attendre la 6ème édition du Dictionnaire de l’Académie française (1832-1835) pour que la cravate soit définie comme un accessoire proprement masculin. La définition est alors « Mousseline, batiste, ou autre étoffe légère que les hommes se mettent ordinairement autour du cou, et qui se noue par devant ».

Par la suite apparaissent des variantes en coton ou lin, décorées de dentelle, telles la steinkerque (fin XVIIème ; également portée par les femmes), le stock (début XVIIIème), l’ascot (fin XVIIIème) et le chou (fin XVIIIème – début XIXème siècle); mais la recherche de praticité mène à leur disparition au profit de la régate, cravate longue et étroite, qui émerge à la fin du XIXème siècle. Seule la lavallière – du nom de Louise de Lavallière, maîtresse de Louis XIV, apparue avant la régate, a perduré jusqu’à nos jours, mais n’est pratiquement portée que lors de mariages.

Le noeud papillon et la cravate?

C’est alors que les choses se compliquent. Car pour certains, le noeud papillon serait en réalité apparu avant la cravate : les cavaliers croates évoquées ci-dessus portaient des chemises à boutonnage ample, et passaient dans leur boutonnière leurs foulards pour maintenir leur chemise fermée. On imagine alors que l’aspect de cette combinaison devait ressembler davantage au noeud papillon qu’à ce que l’on appellera cravate par la suite.

Pour d’autres, le noeud papillon serait en quelque sorte un hybride du jabot et de la cravate. Il se dit même parfois que son nom anglo-saxon, »bow tie », aurait une double origine : l’une étymologique, du fait de sa forme de noeud symétrique à grandes boucles (« bow »), l’autre phonétique, par adaptation du mot français ja-« bot ».

D’autres encore attribuent à Beau Brummel, célèbre dandy de la 1ère moitié du XIXème siècle et membre avec lord Alvanley, Henry Mildmay et Henry Pierrepoint du cercle Watier ou « The Dandy Club » la paternité du noeud papillon. Il résulterait ainsi non pas de l’invention d’une nouvelle forme de cravate mais d’un noeud très complexe comme seul ce dandy, qui passait plusieurs heures par jour à parfaire sa tenu, pouvait en imaginer.

C’est néanmoins suite à la représentation de Madame Butterfly de Puccini en 1904 que le terme « noeud papillon » semble se répandre. Là encore, les origines sont incertaines. Les uns parlent d’hommage au noeud court et aux boucles amples que portait le chanteur principal; tandis que d’autres estiment que c’est justement l’engouement suscité par cet opéra qui a amené à rebaptiser la sorte de cravate à 2 coques que portaient les hommes pour ce rendre à l’opéra…

Il faudra attendre 1924 pour que la scission avec la famille cravate soit irréfutable. A cette date, Jesse Langdorf, cravatier new-yorkais, imagine une découpe en diagonale et une finition en 3 parties pour en améliorer la tenue : la cravate moderne est née.

Le noeud papillon et le smoking?

Génèse anglaise?

Si la plupart des récits attribuent à Edouard VII, alors Prince de Galles – la primauté du smoking, l’historien de la mode Nicholas Storey affirme qu’elle revient en réalité à son ami Lord Dupplin.

Celui-ci, invité sur le bateau de la famille royale dans les années 1860, aurait demandé au tailleur Henry Poole de lui confectionner pour l’occasion une veste un peu moins formelle que ce qu’il était d’usage. La réponse fut une veste de soirée courte avec des revers en satin, que le Prince adoptera à son tour pour des diners informels à Sandringham House, une résidence de la famille royale au nord de Londres.

Par la suite, le vêtement sera généralement porté au fumoir et retiré en présence des dames, d’où le nom de « smoking ».

Quel rapport avec le noeud papillon me direz-vous? On y vient…

A la conquête du Nouveau Monde

En visite à Londres durant l’été 1886, l’homme d’affaire américain James Brown Potter fut invité par le Prince – qui avait eu un coup de foudre pour sa femme – à séjourner à Sandringham House. C’est là qu’il découvrit cette veste informelle et originale, et s’en fit faire une chez Henry Poole.

Peu de temps après son retour aux Etats-Unis, Potter assista vêtu de cette veste au Bal d’automne du Tuxedo Park Country Club, le 10 octobre 1886, organisé par Pierre Lorillard IV, arrière-petit fils d’un homme d’affaires français émigré aux Etats-Unis. Le gotha new-yorkais ne parle que de la veste de soirée portée par les membres du Tuxedo Park…c’est ainsi que le smoking prend naturellement le nom de « tuxedo »..

Selon certaines théories, Pierre Lorillard aurait redécoupé la veste de son ami Potter et lui aurait conféré sa forme la plus proche de celle du smoking; et pour parfaire la nouvelle silhouette du smoking, il aurait dessiné une petite cravate très courte : le noeud papillon.

Pour en savoir plus :

  • L’article de référence « noeud papillon » sur Wikipedia
  • Une vidéo intéressante sur retraçant l’histoire du smoking (en anglais) sur CBS
  • Le livre de Nicholas Storey, « The History of Men’s Accessories : A Short Guide for Men About Town« , Pen & Sword Books Ltd., Remember When, Barnsley

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